Les adolescents sont de nouveau dans le collimateur des moralistes du Net. Deux papiers, le premier publié par l’Atelier, le second par vousnousils, mettent en cause le style non-conventionnel des écrits publiés en particulier sur les Skyblogs.

Leurs auteurs sont indignés face à la dégradation de la langue française, comme annonçant la fin du « bon » français. Déplorons ce manichéisme.

Simplement, il suffit de prendre un dico (pardon, dictionnaire) et de se référer au mot « vernaculaire » : « langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté » (Le petit Larousse).  Référons nous également aux propos d’un jeune interrogé : « Ecrire en français normal, ça fait intello. C’est mal vu dans notre génération. » Ces propos révèlent le sentiment d’appartenance à une communauté générationnelle ; ceux de Christophe Ginisty, « aucun effort n’est fait sur le français car ce n’est pas considéré comme essentiel », un jugement de valeur.

L’usage d’un langage non conventionnelle révèle alors différents contextes d’usage de la langue, et non un seul comme le suppose les auteurs des papiers cités. Un rapide coup d’œil sur différents blogs (pas seulement adolescents) révèle un style quasi-oral. Pour revenir aux Skyblogs, la fonction sociale et identitaire de ce langage vernaculaire ne doit pas être oublier. Il vient renforcer le sentiment d’appartenance des adolescents à une communauté de pratiquants.

Les normes linguistiques visent en fait à établir une distance face à l’écriture conventionnelle et face aux adultes. Elles deviennent un espace de transgression symbolique, par lequel les préadolescents se créent un univers commun inaccessible à ceux qui n’en ont pas le code, et qui fonctionne comme un lieu de complicité réciproque. Sans se connaître nécessairement, les plus jeunes se reconnaissent à travers des comportements, des pratiques qui manifestent leur appartenance à un monde commune : la pratique du chat est donc structurante dans la constitution de leur monde social. C’est au cours des interactions concrètes que les conventions communes s’élaborent et que leur identité collective se construit. (Céline Metton, Les usages de l’Internet par les collégiens, Réseaux, n°123)