C’est une évidence. Un blogueur qui n’est pas inséré dans des dynamiques d’interaction, qui se manifestent par sa capacité à être lié ou à susciter le commentaire, abandonnera certainement sa publication. Ne serait-ce que parce que publier en ligne implique une forme d’engagement dont la non-reconnaissance constitue une menace pour son image. Cette idée renvoie à l’approche dramaturgique de Goffman (les dangers de perdre la face).

L’importance des pairs comme son public nous renvoie à une autre dimension du blog : les pratiques des uns et des autres forment une chaine de coopération qui permettent l’édification d’un monde du blog.

Je cite Versac : “je sais une chose : je suis un blogueur fortement sous influence. Sous influence de mes commentateurs, qui, quand j’écris, me font évoluer (même quand je ne le dis pas, on a sa fierté). Sous influence des blogs que je lis, et me font découvrir, évoluer, changer d’avis, comprendre mieux des tonnes de choses. Des personnes que j’ai appris à découvrir, respecter et valoriser.

Une approche en terme de domination verrait sans doute une espèce de fausse modestie de la part du blogueur en terminant son billet : “Découvrez le bonheur de la longue traîne, de la masse incroyablement riche des autres, au lieu de vous braquer ce regard sur trois ou quatre qui n’en valent pas la peine. Ce qui compte dans les blogs, c’est la vague, le plancton, pas l’écume au dessus.” A cette dénégation à l’égard d’une position dominante objectivée par le classement de Wikio, repris par Le Monde, répondrait une délégation, le jeu des liens, le fait d’être lié, lu par une masse de blogueurs qui le porte sur l’avant-scène. Avec en plus, une large médiatisation du blogueur. On voit que cette délégation repose sur les médiations des dispositifs. J’ai cité Wikio et l’importance des liens.

Mais faut-il seulement y voir seulement une fausse modestie? L’affirmation de l’importance des blogueurs renvoie aux pratiques et conventions qui régissent l’univers des blogs : la lecture de l’autre qui sert de ressource à l’écriture de soi.